Tribune de Philippe Noguès dans « Marianne » – 14/09/2016


L’échec de ce quinquennat impose à la gauche une refondation historique

 

Le mandat présid1ere-de-couv-2-ou-portrait-effet-miroir-600x304entiel de François Hollande est entré dans sa dernière phase. Soyons honnêtes, le bilan, du point de vue de la justice sociale, de la réduction des inégalités, du vivre-ensemble, du progrès écologique ou du renouveau démocratique, est simplement indéfendable. La situation du pays ne s’est pas améliorée, les Français ne vivront pas mieux en 2017 qu’ils ne vivaient en 2012 et une nouvelle fois, la gauche après l’exercice du pouvoir apparait totalement décrédibilisée.

En dehors de supporters inconditionnels, qui pourrait aujourd’hui évaluer positivement cette période de notre histoire politique ?

Pourtant il y a 4 ans, nous avions un certain nombre de cartes en main pour appliquer le programme sur lequel nous avions été élus. Bien sûr la situation n’était pas totalement idyllique. La droite notamment nous laissait une situation économique difficile. Mais nous arrivions avec un programme différent qui pouvait nous permettre de redémarrer sur des bases nouvelles, pour certaines d’entre elles inexplorées, aussi bien au niveau national qu’européen.

Hélas ! Quatre ans plus tard, elles le restent toujours… inexplorées ! Le constat est simple : François Hollande n’a jamais tenté de mettre en place les orientations qu’il avait défendues tout au long de sa campagne. Et c’est incontestablement le principal reproche que lui font les Français, car au manque de courage s’est ajouté un déficit d’imagination.

De 2007 à 2012, Nicolas Sarkozy avait clairement échoué, au travers d’une politique libérale, à redresser une France qu’il laissait, en outre, profondément divisée. Au-delà de l’affaiblissement de la parole politique et de la désacralisation « bling-bling » de la fonction présidentielle, c’est d’ailleurs sans doute la principale raison pour laquelle les Français avaient choisi de faire confiance en 2012 à un homme qui proposait le changement, au point d’en faire son principal argument de campagne.

Malheureusement, à peine élu, François Hollande choisit de remettre aux calendes grecques plusieurs de ses principaux engagements de campagne. Au lieu d’agir, pour infléchir la politique libérale de Bruxelles et renégocier le Pacte budgétaire européen, ce dont il avait reçu mandat du peuple français, il se contente de « rassurer nos partenaires », à commencer par Madame Merkel, et fait mine de croire à une vague promesse, d’ailleurs jamais tenue, d’une politique de relance européenne. Il fait valider le traité européen et enferme ainsi encore plus fortement l’Europe dans cette politique rejetée par une majorité de Français. Comme un symbole, le péché originel de ce quinquennat prend l’aspect d’un acte manqué européen.

A la place d’une grande réforme fiscale, tant attendue, qui aurait apporté plus de justice sociale, il s’engage dans une multitude de réformettes incompréhensibles pour la majorité des citoyens, et finit presque naturellement par s’engager dans une politique économique prônée jusque-là essentiellement par la droite et le patronat. L’OFCE (L’Observatoire français des conjonctures économiques) estime qu’entre 2012 et 2016, les ménages français auront eu à supporter une hausse fiscale de 35 milliards d’euros, pendant que les entreprises, sans distinction, voyaient leurs contributions fiscales s’alléger de 20 milliards d’euros, sans parler des autres avantages du pacte de responsabilité. L’austérité fiscale, plombant la consommation des classes moyennes, tuait dans l’œuf tout espoir de reprise économique.

Bien sûr, un quinquennat ne peut se résumer à une politique économique. Certains engagements seront tenus, au moins partiellement : Mariage pour tous, Cop21, loi santé, loi sur la transition énergétique en sont des exemples. François Hollande aura une attitude particulièrement digne et forte face aux attentats barbares qui ont ensanglanté notre pays. Malheureusement, là encore, la suite laisse à désirer : tentative d’imposer une déchéance de nationalité, tournant sécuritaire mal maitrisé.

Et finalement, point d’orgue à cette lente et désespérante descente aux enfers, alors que le quinquennat touche à sa fin, la gauche voit le président qu’elle a porté au pouvoir, oser s’en prendre à l’un des principaux acquis des combats sociaux : le code du travail.

Echec enfin incontestable, la gauche au pouvoir n’aura rien changé aux pratiques politiques que nos concitoyens exècrent : reniements, coups tordus, passages en force, réflexes de castes…etc. Le dépoussiérage, pourtant urgent, de nos institutions, de notre démocratie et de notre classe politique n’aura pas eu lieu.

Comment dans ces conditions, ne pas comprendre que la confiance ait disparue ? La grande majorité des citoyens que je rencontre (du moins ceux qui se déplaceront lors des échéances de 2017) se pose clairement la question : «  mais pour qui vais-je pouvoir voter ? »

Les primaires, qui en 2011 avaient au moins eu le mérite de permettre un vrai débat d’idées, sont devenues un petit jeu des égos qui n’apparait franchement pas de nature à rassurer. Où est la crédibilité politique de candidats qui s’engagent dans la même primaire que le président sortant dont ils jugent la politique indéfendable, en promettant malgré tout de le soutenir s’il l’emporte ? Dans les temps de crise et de défiance, les petites compromissions apparaissant comme de grandes trahisons, le retour à l’exemplarité, à la sincérité et à l’indépendance semble pourtant dorénavant un passage obligé si nous souhaitons sauvegarder la maigre confiance restante du peuple envers ses représentants.

Je n’affirmerais pas, comme l’a fait le Premier ministre, qu’il y a en France deux gauches irréconciliables. Il existe, c’est une certitude, des personnalités politiques irréconciliables, dont un certain nombre serait bien inspiré de quitter la scène publique et laisser la place.

Pour ma part, je crois que la gauche qui a un avenir, c’est celle qui accepte de rénover ses pratiques et ses habitudes tout en restant elle-même, celle qui défend toujours l’alternative ; c’est celle qui ne se contente pas du monde tel qu’il est, celle qui protège les intérêts du peuple et non ceux des élites de toutes sortes; c’est celle qui préfère rester fidèle à ses valeurs plutôt que de courir après la droite et les forces de l’argent.

Il est  aujourd’hui urgent d’ouvrir le chantier d’une grande respiration démocratique, et j’entends bien y mettre toute mon énergie dans les semaines à venir. L’échec de ce quinquennat impose à la gauche une refondation historique. Brisons les carcans, sortons des stratégies à court terme des appareils politiques et de leurs états-majors parisiens. C’est de choix collectifs dont nous avons besoin. Cela nécessite, au-delà des partis, d’écouter les citoyens, de les remettre au centre du vaste mouvement qui devra naître, pour empêcher notre pays de tomber aux mains des forces politiques les plus réactionnaires. Mais le temps est compté !


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